Diana Rigg s’est éteinte le 10 septembre, a confirmé sa famille. De sa présence magnétique dans « Chapeau melon et bottes de cuir » à son rôle marquant dans « Game of Thrones », Rigg a traversé les décennies sans jamais passer inaperçue. Pour les inconditionnels de James Bond, elle restera avant tout celle qui a bouleversé le mythe dans « Au service secret de Sa Majesté ». Plus de vingt-cinq films, une ribambelle de partenaires pour l’agent 007, mais Tracy, incarnée par Rigg, a immédiatement placé la barre à un niveau que les suivantes tenteraient d’atteindre. Un arrêt sur image s’impose sur ce personnage, sur l’impact de Rigg et sur la façon dont, cinquante ans plus tard, la saga n’a jamais oublié cette rencontre hors du commun. Le 25e épisode canonique, « No Time to Die », sortira en novembre.
Diana Rigg, l’empreinte indélébile d’« Au service secret de Sa Majesté »
Nous sommes en 1969 et James Bond doit changer de visage. Après cinq aventures sous les traits de Sean Connery, la production ose un pari : George Lazenby, mannequin australien, hérite du costume. Un coup d’essai qui restera unique. Face à lui, Diana Rigg campe une Tracy bouleversante, comtesse en perte de repères que Bond sauve d’un geste décisif sur une plage, le tout avant de la recroiser alors qu’il fuit le redoutable Blofeld, interprété par Telly Savalas.
Adapté du roman éponyme d’Ian Fleming, le film brise le moule. Tracy n’est pas un simple accessoire de scénario ; elle rivalise avec Bond, le remet en question, et la dynamique s’inverse parfois : chacun sauve l’autre, à tour de rôle. À la surprise générale, Bond épouse Tracy. Mais dans un univers où l’amour n’est jamais simple et les héros rarement heureux, l’histoire prend un virage inattendu. La suite de la saga l’indique clairement : ce mariage n’aura pas de lendemain heureux.
Diana Rigg, héroïne tragique de la saga
« Au service secret de Sa Majesté » s’offre une fin que la série n’osera plus jamais reproduire. À peine mariés, Bond et Tracy filent sur la route, une pancarte « Just Married » accrochée à leur voiture. Mais le bonheur s’arrête net : Blofeld et sa complice Irma Bunt (Ilse Steppat) les prennent pour cible. Une rafale, et Tracy s’effondre. Bond la serre contre lui, perdu, murmurant : « Nous avons tout le temps du monde. » À l’écran, le masque tombe. L’agent invincible devient un homme brisé. Le film dévoile la face cachée du mythe : aimer Bond, c’est vivre sous la menace constante, un risque que Tracy paie de sa vie.
La disparition de Tracy n’est pas restée lettre morte dans les films suivants. Roger Moore, dans « Rien que pour vos yeux », se recueille sur la tombe de Tracy. Dans « L’espion qui m’aimait », Bond interrompt brusquement Anya Amasova (Barbara Bach) lorsqu’elle évoque son passé. Plus tard, dans « Permis de tuer », Felix Leiter (David Hedison) explique à sa femme (Priscilla Barnes) pourquoi Bond a cessé de croire à une vie rangée. Même « Le monde ne suffit pas » fait écho à cette perte, en laissant deviner que Bond (Pierce Brosnan) a aimé et perdu une femme qui comptait plus que les autres.
Tracy, la référence impossible à égaler ?
Depuis ce jour, chaque film Bond tente de renouer avec la magie, et la blessure, de « Au service secret de Sa Majesté ». La mécanique du cœur brisé s’est installée, mais difficile de refaire le même coup : Bond ne pouvait rester marié, ni se contenter d’une seule romance, et Ian Fleming l’avait déjà pressenti. Sean Connery rempile ensuite pour « Les diamants sont éternels », où la vengeance promise s’efface bien vite derrière les codes habituels de la saga.
Les films portés par Daniel Craig ont relancé la quête de l’âme sœur. « Casino Royale » introduit Vesper Lynd (Eva Green), un amour tragique tiré des romans de Fleming. Avec Madeleine Swann (Léa Seydoux), Bond s’imagine une nouvelle vie loin du MI6 dans « Spectre ». Mais la logique de la série reprend ses droits, et le personnage réapparaît dans « No Time to Die ». Bien des fans suspectent que Madelaine pourrait connaître le même sort que Tracy, pour donner à Bond une raison de repartir au combat. Si cette théorie circule avec autant d’insistance, c’est que la marque laissée par Diana Rigg n’a pas disparu. Cinquante ans après, sa Tracy reste l’étalon secret de la saga, et chaque romance nouvelle vit à l’ombre de ce drame inaugural.
Rien n’a jamais vraiment effacé l’empreinte laissée par Diana Rigg. Même lorsque la recette impose de nouveaux visages, la légende se rappelle à nous, plus vivace que jamais. La silhouette de Tracy s’invite encore dans les recoins du mythe Bond, comme un rappel : même les espions les plus aguerris traînent derrière eux la mémoire de leurs blessures. Qui aurait cru qu’un seul film suffirait à changer le regard porté sur 007 ?




